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REGARD DE FEMME

Dans le cadre de ma profession, je me dois de dissocier mon regard de femme, de mon regard de femme professionnelle, lorsque je le pose sur la femme du 21ème siècle.

Mon regard de femme est nostalgique. J'aurais souhaité remonter le temps pour rencontrer cette femme-femme qui a fait tant rêver !

J'ai lu tant de jolies choses sur elle ! Elle a inspiré les plus grands de ce monde, et à supposer même que si, pour certains, on pourrait penser qu'il ne s'agissait que de littérature, je reste convaincue que cette femme existe encore et qu'il faut qu'elle reprenne sa place.

C'est cette femme là, avec toute la finesse qui la caractérise, tout l'amour dont elle est capable, toute cette générosité d'âme qui est la sienne, toute cette beauté, cette poésie qu'elle respire, toute cette féminité qui ne peut appartenir qu'à elle, c'est tout ça qui pourrait peut-être faire en sorte que chacun retrouve son équilibre.

La femme au sein de la famille est un élément essentiel, tout tourne autour d'elle, c'est elle qui distribue les rôles, et il en a toujours été ainsi, et particulièrement à La Réunion où le matriarcat n'est pas prêt de disparaître.
Tant mieux ? Tant pis ? Je n'ai pas la réponse.

Mais qu'est-elle devenue, cette femme ?
Si, par miracle, elle revenait, est-ce que nous serions plus heureux ? L'homme qui, peut-être inconsciemment l'a effacée, serait-il plus heureux ? En tant que femme, je l'affirme, je dis oui.

Si on assiste à tant de souffrance, à tant de violences au sein des familles, je dis que c'est parce que cette femme là n'est plus. Elle est partie ou on l'a fait partir.
Et là, je m'adresse à la femme que je vois se débattre au quotidien pour garder un brin de féminité, un brin de bonheur, pour lui dire : " ne vous engagez plus dans ce combat inutile. Dépoussiérez la femme qui est en vous, et remettez la au grand jour. Nous en avons besoin, nos fils particulièrement en ont besoin, pour être fiers de celle qui sera leur femme plus tard et la mère de leurs enfants ".

Loin de moi de tirer à boulets rouges sur cet être au sexe indéfinissable qu'il faut regarder à deux fois pour être sûr de ne pas se tromper. C'est un être que j'écoute, que je comprends, et dont j'entends, bien sûr, la souffrance.

Mon regard de femme professionnelle, lui, tout en n'étant pas moins nostalgique, est plus objectif et admiratif sur cette femme battante, accrocheuse, cette gagneuse, et en même temps qui revendique son droit à l'amour et à sa dignité. Ce n'est pas simple et le prix qu'elle paie pour ce combat est trop fort car souvent elle paie cette soi-disant liberté au prix d'une grande solitude qui risque à long terme de la rendre résignée, désabusée, et plus grave encore, amère.

Ce n'est pas satisfaisant, certes, mais il me semble que la société ne lui donne pas vraiment le choix.

Je ne veux pas dire que l'homme a démissionné de son rôle. Je dis tout simplement qu'il n'a pas suivi le rythme, qu'il a peut-être été dépassé, que les choses sont allées trop vite, que l'un et l'autre ont manqué de vigilance, qu'un épisode a été manqué, que l'un et l'autre n'ont pas su rester à leur place, et que tout a été déstabilisé.

Il m'arrive souvent de faire le parallèle avec la nature où chaque élément reste à sa place. La mer se déchaîne parfois. Les montagnes aussi peuvent bouger, mais ils restent à leur place; ils restent posés, et il n'y a pas désordre.

Je constate que, ni l'homme, ni la femme n'a plus sa place. Qui a chassé qui ? Ce que je sais, c'est que les enfants non plus, ne trouvent pas leur place, et leur souffrance est grande.

Je ne peux pas m'empêcher de louer cette femme en même temps mère, qui essaie d'assumer à tous points de vue, et le point de vue économique n'est pas négligeable lorsque l'autre n'est plus présent.

Car il est clair que ce ne sont pas les couples heureux qui viennent me voir. Je suis néanmoins un peu triste devant certains dérapages, conscients ou inconscients, de la part de ces femmes investies d'un pouvoir considérable, qui est celui de faire payer à l'autre le prix de la souffrance vécue, et toute la finesse dont j'ai parlé précédemment va servir pour " l'exécution " de l'autre.

En tant que professionnelle, j'essaie en premier lieu de préserver les enfants le plus possible, de faire en sorte que l'homme ne tombe pas dans le piège qui lui est tendu sur un plateau, à savoir, le rôle du bourreau.

Certains comportements de femme dont je ne nie pas la souffrance peuvent être générateurs de violence, et des drames pourraient être évités si la souffrance du " bourreau " pouvait être elle aussi un peu mieux entendue.

Je suis souvent, très souvent même, interpellée par ces comportements dont certaines femmes n'ont pas forcément conscience, et je le déplore.

Si parler d'Amour, selon ma conception bien sûr, peu paraître à notre époque désuet ou dépassé, j'assume néanmoins ce que je suis, à savoir une femme du passé, et en même temps une femme du présent et de demain, et mon combat qui devrait être celui de toutes les femmes est celui de rester femme tout simplement.

A aucun moment, l'idée de prendre la place d'un homme ne m'a effleurée. Au contraire, je pense que nous avons réellement besoin de son respect, de son amour, de son soutien pour être ou devenir cette femme dont il a toujours rêvé.

La lucidité dont je fais preuve pour exercer ma profession ne m'empèche pas pour autant de recoller mes rêves et de courir après mes illusions.

Je tiens tellement comme tant d'autres femmes, vivre ma vie de femme !


Saint-Denis, le 19 octobre 2002